La chapelle du Vègre dédiée à Saint-Jacques le Majeur
( La Roche est un village situé en Gruyère, dans le canton de Fribourg - Suisse)

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Le chemin de Saint-Jacques est un chemin par lequel n’importe qui peut passer, et seul, un chemin de ce genre peut mener à Dieu. (Le Pèlerin de Compostelle, Paulo Coelho)
Cette citation évoque la tradition plus que millénaire des pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. Ce mouvement religieux, auquel les générations actuelles donnent une nouvelle vitalité (six millions de pèlerins en 1983), connut, à partir du IXe siècle, un immense rayonnement dans toute l’Europe. Les nombreuses chapelles dédiées à Saint-Jacques, érigées dans notre canton au cours des siècles, prouvent que ce rayonnement avait bien touché nos régions. Les itinéraires des chemins de Saint-Jacques, qui ont fait l’objet de récentes recherches, attestent que de chez nous aussi, on partait à pied à Saint-Jacques-de-Compostelle.
C’est dans ce courant de ferveur, cette véritable dynamique spirituelle, que s’inscrit la construction de la chapelle du Vègre. On sait en effet que deux pèlerins, Jean Paradis et Jakob Winter de La Roche, rentrés sains et saufs de leur pèlerinage en Espagne, décidèrent d’ériger une chapelle dédiée à l’apôtre Saint-Jacques, en reconnaissance de la protection reçue au cours de leur long voyage. Ceci se passait quelques années après 1600. Sur la cloche, encore en place dans la chapelle actuelle, se trouve une inscription qui porte le nom des deux pèlerins donateurs et la date de 1610. Le 25 mars de l’an 1612 fut stipulée, en présence de témoins, la fondation précisant le mode de financement de la chapelle.
Sa construction date donc probablement de cette année-là. Si sa consécration n’eut lieu que cent ans plus tard, en la fête de Saint-Jacques le 25 juillet 1712, c’est en raison des nombreux aménagements dont elle fut l’objet, peut-être même en raison – certains le pensent – d’une reconstruction de la chapelle primitive.

Telle que nous la voyons aujourd’hui, la chapelle n’a pas subi de modifications depuis 1712. Avec des murs solides comme fondation, avec son toit de bardeaux, son clocheton élancé, avec son porche délicatement posé contre la façade, cet édifice, aux dimensions modestes, apparaît sur la hauteur où il se trouve, dans une belle élégance. Il cadre parfaitement avec les habitations des environs et la magnifique nature qui l’entourent. Son aspect extérieur donne un avant-goût de ce que l’on découvrira à l’intérieur.

Photo ci-dessus - Source : www.lyoba.ch Dès l’entrée de la chapelle, l’attention du visiteur est attirée par l’imposant retable en bois qui domine l’autel. Cette pièce remarquable, de style baroque, comprend plusieurs statues, toutes sculptées dans le noyer. Elles ont été exécutées par l’atelier de Pierre Ardieu (1644-1735) à Bulle. Leur date peut se situer vers 1712, date de la consécration de la chapelle. La statue centrale est celle de Saint-Jacques dit le Majeur ; à sa droite est située le statue de Saint-Nicolas-de-Myre et à sa gauche celle de Saint-Antoine-de-Padoue. Le retable et l’autel, entièrement réalisés en bois, forment un tout harmonieux qui est une vraie merveille. L’impression de grandeur qui s’en dégage ne nuit en rien à l’intimité de la chapelle.

La chapelle comprend également une tribune de style baroque, dont la balustrade en bois est très élégamment sculptée. Mentionnons encore, à l’intérieur de la nef, plusieurs inscriptions relatant le passage au Vègre, après la Révolution française, des Sœurs de la Retraite, parmi lesquelles se trou-vait celle qui deviendra Sainte Jeanne-Antide Thouret.
Sur la crête, au bas de La Combert, en bordure du chemin conduisant de La Roche à Pont-la-Ville et Treyvaux, la situation de la chapelle offre, à ceux qui prennent la peine de s’arrêter, une vue magnifique sur la Gruyère, les Préalpes jusqu’au Mont-Blanc, sur une grande partie du Plateau suisse jusqu’au Jura. Ces grands espaces, ces routes qui s’aperçoivent et qui se perdent dans les brumes, ne sont-ils pas l’évocation des chemins de Saint-Jacques, qui ont conduit tant de pèlerins, bien au-delà de nos frontières, à travers la lointaine Espagne, jusqu’au tombeau de l’Apôtre, à Compostelle ?
Extrait du livre « La Roche, autrefois et aujourd’hui » (novembre 1998), avec l’aimable autorisation de son éditeur l’Association des Rochois d’ici et d’ailleurs, CH-1634 La Roche.
J'ai pu présenté cette petite chapelle saint Jacques grâce à la gentillesse de Christiane Brodard, responsable du site Internet :  www.serenade.ch - Pour en savoir plus, n'hésitez pas à visiter ce site...

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